SBOSylvain Borella
Un voyage au bord du monde.
Peintures · Linogravures · Livres · Sculptures
Voir les œuvres
SBO / Sylvain Borella
Un voyage au bord du monde
Il y a chez SBO une urgence du trait. Sa pratique artistique s’est construite à rebours des courants dominants, contre l’abstraction conceptuelle des années 80, contre la distance froide, contre tout ce qui sépare la main du monde. Enfant d’un milieu ouvrier d’Yverdon-les-Bains, déménagé au Locle à 7 ans, il grandit dans une région de montagne horlogère où la rigueur du travail manuel forge les esprits autant que les corps. C’est peut-être là que s’enracine cette conviction profonde : que le geste suffit, que la main qui dessine précède et guide tout le reste.
Formé aux Beaux-Arts de Genève (ESAV) à partir de 1981 dans l’atelier de Chérif Drefraoui, il accumule en parallèle des expériences dans les milieux du spectacle vivant — régisseur, éclairagiste, organisateur de concerts rock — avant de s’engager durablement dans le domaine socioculturel, où il développe des projets de créativité collective et de vivre-ensemble. Ces années de terrain ne sont pas une parenthèse dans sa vie d’artiste : elles l’alimentent. Elles lui apprennent que l’art ne se fait pas dans l’isolement du studio, mais dans le frottement avec le monde, avec les autres, avec ce qui résiste.
Peintures acryliques grand format, linogravures à tirages limités et sculptures-totems composent un parcours total, traversé par une question que ses œuvres posent sans relâche : quelle est la place de l’homme dans l’effondrement de ce monde ?
Les chemins de traverse
Une démarche, une cosmologie menacée, un art total
Le geste d’abord
Contrairement aux tendances conceptuelles dominantes de sa génération, SBO choisit délibérément d’explorer ce qu’il appelle lui-même les chemins de traverse. Pour lui, le dessin est l’impulsion initiale, le geste premier qui guide la sculpture ou la peinture à venir, y compris dans ses accidents, ses débordements, ses prétendues erreurs. Cette primauté du dessin n’est pas un archaïsme : c’est une position éthique. Elle postule que la main pense, que le corps sait, que l’intuition précède le concept.
Son univers pictural convoque une parenté évidente avec la Figuration libre. Ce mouvement qui, au tournant des années 80, réconciliait la peinture avec la jubilation, la couleur crue et le signe populaire. Comme Robert Combas, SBO tisse des récits denses où les figures s’enchevêtrent dans un espace saturé, chargé de symboles et d’une énergie proche du graffiti et de la bande dessinée. La toile n’est pas un monde ordonné : c’est un espace de débordement, où chaque centimètre carré est habité, où le vide est une menace que la couleur conjure. Comme Hervé di Rosa, il puise dans les cultures populaires et autochtones — les peuples Huichol du Mexique, les artistes inuits Kenojuak Ashevak et Norval Morisseau — pour forger un langage universel où le sacré affleure dans le quotidien, où la figure animale devient cosmologie, où le signe ornemental devient prière. Et comme Étienne Mottez, il maintient dans ses compositions une structure cloisonnée, presque enluminée, où la ligne noire délimite des zones de couleur pure avec la précision d’un vitrail ou d’une icône byzantine, une tension entre la fièvre du contenu et la rigueur du contenant.
Mais SBO ne se laisse pas enfermer dans une filiation. Là où la Figuration libre célèbre souvent le monde avec une ironie jouissive, lui y introduit une gravité sourde. Ses tableaux sont beaux, d’une beauté explosive, chromatique, presque festive, mais cette beauté est habitée par une question qui ne le quitte pas : quelle est la place de l’homme dans l’effondrement de ce monde ?
L’œuvre comme cosmologie menacée
Les grandes toiles acryliques de SBO (certaines atteignant 250 cm × 160 cm) fonctionnent comme des cosmogonies. Elles organisent un monde complet, peuplé de figures humaines, animales et végétales, de signes, d’astres et d’éléments, dans une simultanéité qui évoque autant les ex-voto mexicains que les enluminures médiévales ou les peintures rupestres. Tout coexiste, tout se touche, tout se répond.
Dans L’effondrement (SBO 22), la faune et la flore se déploient avec une abondance presque cosmologique, mais traversée d’une tension sourde. Le soleil qui irradie est aussi celui qui brûle. La rivière noire charrie autant qu’elle nourrit. L’ours blanc, le poisson, l’insecte, le chat, chaque créature occupe sa place dans un écosystème qui tient encore debout, mais dont on sent la fragilité. C’est peut-être la toile la plus politique de son corpus : une déclaration d’amour au vivant doublée d’un avertissement.
Le bleu cobalt traverse tout cela comme un fil conducteur. Couleur-ancre de son vocabulaire visuel, il est à la fois ciel, eau, nuit et rêve. Une tonique chromatique qui revient comme un leitmotiv dans les peintures, les gravures et les sculptures, ancrant chaque œuvre dans un espace à la fois terrestre et céleste.
Un art total
SBO ne se limite pas à la toile. Sa pratique est totale, chaque médium prolongeant les autres dans une cohérence de langage remarquable.
Ses linogravures à tirages limités (séries comme Entomofaune, portfolio de 8 linogravures rehaussées aux marqueurs acryliques, tirage limité à 13 exemplaires) transportent dans le format réduit la même densité symbolique que les grandes toiles. La contrainte de la matrice, loin d’appauvrir, concentre : chaque tirage est une miniature cosmique.
Ses sculptures-totems peintes (L’envers du décor, SBO 25, 167 cm ; L’envol, SBO 24, 125 cm) dressent dans l’espace tridimensionnel ces mêmes corps couverts de signes que la peinture déploie en surface. Figures hybrides entre humain et végétal, entre totem amérindien et personnage de conte, elles occupent l’espace avec une présence à la fois solennelle et ludique.
Ses livres illustrés à tirages numérotés (collaborations avec des poètes comme Jean-Louis Van Durme — Le pays de personne, Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait de là-bas — ou Éric Costan) témoignent d’une sensibilité littéraire et d’une conception de l’art comme dialogue. L’image et le poème ne s’illustrent pas mutuellement : ils se répondent, se complètent, s’interrogent.
Une présence au monde
Ce qui unit toutes ces pratiques, c’est une même posture fondamentale : être présent. Présent au vivant qui disparaîtra, aux cultures que l’on écrase, aux liens que l’on défait, à la beauté que l’on dilapide. SBO peint, grave, sculpte et écrit depuis Les Brenets, au bout d’une vallée du Jura neuchâtelois que le lac des Brenets sépare de la France — « ni tout à fait d’ici, ni tout à fait de là-bas », comme dit le titre du livre. Cette position géographique de frontière dit quelque chose de sa position artistique : entre traditions et ruptures, entre joie et gravité, entre le local et l’universel, entre le signe et le cri.
SBO est de ceux qui croient encore que l’art peut dire le monde, pas pour le consoler, mais pour le regarder en face, les mains pleines de couleurs.
« J’aime appuyer ma main sur le tronc d’un arbre devant lequel je passe, non pour m’assurer de l’existence de l’arbre — dont je ne doute pas — mais de la mienne. »
CHRISTIAN BOBIN
Œuvres
Aperçu 2020 / 2026 — cliquez sur une image pour l’agrandir
Acrylique sur canevas, 100 × 80 cm — SBO 20 (collection privée)
In situ
L’effondrement chez son collectionneur
Acrylique sur toile, 160 × 250 cm — SBO 23. Collection privée.
Les grandes toiles de SBO sont pensées pour habiter l’espace : elles s’installent, dialoguent avec l’architecture et transforment une pièce en cosmogonie.
Contact
SBO — Sylvain BorellaLe Bas des Frêtes 154
2416 Les Brenets, Suisse
078 897 98 21
sylvainborella@bluewin.ch
Pour toute demande concernant les œuvres, les tirages limités ou une exposition, n’hésitez pas à me joindre par e-mail ou par téléphone.